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Thèse François Sawadogo

Jeudi 5 mars  2009 à 13h30

François SAWADOGO, enseignant (ETP) Université de Koudougou ( Burkina Faso),  a soutenu sa thèse de doctorat intitulée "Activation et (co)construction de connaissances : facteurs de variabilité liés au  contexte de diglossie.". 

Membres du jury :

  • Charles Tijus - Pr. Université de Paris 8, Président du jury 
  • Collette Noyau - Université de Paris 10 Nanterre, Rapporteur
  • Daniel Martins - Université de Paris 10, Rapporteur
  • Sandra Jhean, IUFM Paris IV, Examinatrice
  • Denis Legros - Pr. IUFM Créteil/Paris 12 et Paris 8, Directeur de thèse 

Résumé 

La construction de connaissances sur le monde par l’individu s’effectue sur la base d’invariants cognitifs à l’aide d’outils psychologiques, tels la langue, culturellement marqués. Cette thèse sur l’étude du rôle des facteurs de variabilité en contexte diglossique sur l’activation et la (co) construction de connaissances a pour objectif de déterminer expérimentalement le rôle que joue ou peut jouer la langue maternelle L1 dans les processus cognitifs de production de texte en langue seconde L2, et plus généralement dans la (co) construction de connaissances dans des environnements classiques d’apprentissage et dans des environnements utilisant les supports numériques et l’Internet.

Plus précisément, nous étudions dans le contexte diglossique du Burkina Faso où la langue d’enseignement est la langue seconde français (i) l’effet de l’activation des connaissances en langue maternelle (L1) sur l’activité de production écrite en langue seconde (L2), (ii) l’effet de l’utilisation de la langue L1 dans les échanges et les discussions avec un groupe distant lors de la co-planification sur la co-écriture en langue L2, (iii) l’ effet de questionnements en langue L1 et en langue L2 et des échanges entre pairs lors de la planification sur la production individuelle de textes explicatifs en langue seconde L2.

Le cadre théorique de nos recherches s’appuie tout d’abord sur le modèle de la Mémoire de Travail à Long Terme (MTLT) (Ericsson et Kintsch, 1995, psychological review, vol 102) et ses implications dans les modèles de la production écrite (voir  Kellogg, 1987,  Memory & cognition,  vol. 15). Il s’appuie ensuite sur la conception de la représentation des connaissances du monde en système développée en  sémantique cognitive.

Notre paradigme expérimental consiste à concevoir en langue L1 vs L2, des aides spécifiques à la mise en œuvre des processus cognitifs intervenant dans l’activité rédactionnelle, en l’occurrence, les processus de planification : génération, organisation et définition de buts, puis à en mesurer les effets sur la production écrite en langue seconde L2.
Afin d’appréhender de manière précise l’effet de la langue L1 sur la production écrite en langue L2, nous combinons l’analyse propositionnelle à l’analyse en système. Au plan statistique, nous utilisons également les modèles de régression, très peu utilisés dans ce type d’études alors qu’ils permettent de préciser l’importance de la variabilité introduite par le facteur Langue L1 (voir Brantmeier, 2004, Reading in foreign language, vol. 16(2)).

La première expérimentation vise à étudier l’effet de l’activation des connaissances en langue maternelle (L1) sur l’activité de production écrite en langue L2. Plus précisément, elle étudie chez des participants en situation de diglossie les effets d’une activation par une verbalisation orale en langue L1 et en langue L2 des éléments de connaissances sur une procédure de la vie quotidienne sur la qualité de la production d’un texte décrivant en langue L2 cette procédure. Les résultats  montrent que les sujets qui utilisent la langue L1 lors de cette phase d’activation  produisent des textes qualitativement supérieurs du point de vue du nombre de propositions pertinentes décrivant la procédure. L’analyse de la part de variabilité introduite par les facteurs indépendants montre que l’utilisation de langue L1 comme aide à l’activation est le facteur qui explique le plus de variabilité dans l’augmentation du nombre de propositions pertinentes chez ces sujets. La langue maternelle très tôt instrumentalisée par l’enfant permet à celui-ci de construire ses premières connaissances pragmatiques sur le monde et facilite l’activation des connaissances antérieures construites dans son contexte culturel. Le sujet réduit ainsi la charge cognitive liée à l’activation des connaissances, et permet d’affecter davantage de ressources aux autres processus qui constituent très souvent les principales difficultés chez le rédacteur novice en langue seconde.

La deuxième expérimentation analyse l’effet à la fois d’un questionnement ouvert en langue L1 et L2 et des échanges entre groupes de pairs distants via Internet, lors d’une tâche de co-planification sur la co-écriture en langue L2 d’un texte explicatif.  Les résultats  montrent que dans la modalité de travail collaboratif et d’interaction entre groupes de pairs distants via Internet, l’utilisation de la langue L1 dans un questionnement ouvert permet d’améliorer la co-écriture de textes explicatifs. Ce système ouvert d’aide en langue L1 permet une activation plus importante des connaissances construites antérieurement dans les contextes culturels des sujets, contribue à la fluidité des interactions entre pairs et améliore le processus de planification. L’expérimentation montre également que la modalité de travail collaboratif et les échanges avec des pairs distants créent un terrain conceptuel commun favorable au retraitement et à l’activité inférentielle. Les sujets développent des stratégies rédactionnelles sémantiquement plus efficaces et de type knowledge tranforming.

La troisième expérimentation étudie, dans le cadre d’une tâche de production individuelle écrite et dans des modalités individuelles et mixtes de travail, l’effet de questionnements entre pairs en langue L1 sur l’activité de planification dans une tâche de production individuelle de textes explicatifs en langue seconde L2.
La langue maternelle favorise chez les sujets en situation de diglossie un questionnement plus riche et la réalisation d’inférences causales. L’analyse en système de la représentation du domaine de connaissances montre que la langue utilisée dans le système ouvert d’aide à la planification influence la structuration des connaissances construites par le sujet sur le domaine. Ainsi l’aide à la planification en langue L1 permet aux sujets de construire une représentation des connaissances sur le domaine qui intègre plus de relations de type causal. L’utilisation de la langue L1 lors du questionnement permet au sujet de traiter particulièrement la dimension sémantique. Enfin les résultats indiquent qu’il existe lors des échanges distants, via Internet, un effet de distanciation qui permet au sujet d’avoir un recul sur son propre questionnement, favorable à la réorganisation de ses connaissances activées. Les résultats mettent en évidence un effet positif de l’échange distant sur la qualité de la production du texte explicatif.

Cette recherche apporte des éclairages nouveaux à la problématique de l’apprentissage en langue seconde dans les situations diglossiques. L’utilisation d’un système d’aide à la planification en L1, améliore la qualité des productions écrites en L2 en facilitant l’activation des connaissances du sujet sur les domaines de connaissances. Ces données permettent de concevoir des systèmes d’aides adaptés pour les apprentissages scolaires, et en particulier pour les domaines scientifiques. Cette recherche ouvre des perspectives nouvelles avec l’utilisation de la langue L1 dans le cadre des nouveaux espaces d’apprentissage qu’offrent les TICE et l’Internet. Les effets des systèmes d’aide en langue L1 sur la construction des connaissances dans les modalités de travail individuel et collaboratif invitent à prendre en compte ce facteur dans le cadre de l’ingénierie de la formation dans ces nouveaux dispositifs de formation.

Ces travaux constituent une contribution à l’analyse des processus cognitifs de la production écrite en lien avec les facteurs culturels et linguistiques des sujets. Ils invitent à reconsidérer les invariants cognitifs et à prendre en compte la variabilité contextuelle et linguistique.